J’écoutais hier une jeune femme au parler brillant, ce qui me fait toujours un immense plaisir, sur les thèmes créativité, authenticité que j’affectionne tant. Elle aborde le « digital garden » comme une manière d’échapper au brainrot, de se souvenir de tous ces médias que l’on consomme à haute dose, dont on est à peine capable de citer quoi que ce soit quelques heures à peine plus tard. Je me suis sentie concernée tant je peine à me rappeler où j’ai vu cet acteur avant ou quel était l’oeuvre qui traitait de cette problématique déjà ?
Le digital garden donc, serait une sorte de blog, pas forcément publié, et surtout pas présenté par ordre chronologique, mais par thèmes. L’idée étant de retrouver ensuite le fil transversal de ses idées. Vu comme elle en parle, ça paraît une invention extraordinaire pour, dit-elle, créer davantage qu’on ne consomme. Je suis tout à fait en phase avec son discours. Par contre, le digital garden, bah… c’est ni plus ni moins qu’un blog présenté par tags, lui-même une évolution du site perso des années 1995-2000. Bref, c’est aussi vieux que l’internet lui-même. Voire c’est son fondement même : naviguer par connexions.
Elle montre un exemple : par son côté centré sur le contenu, dépouillé, voire moche, disons-le, il ressemble aux premiers sites web que j’ai visité quand j’étais jeune ado. C’était avant Google, les réseaux sociaux etc. C’était quand Internet était un outil sympa, rigolo et en même temps encore très compliqué, un bac à sable sans beaucoup de conventions. Surtout : vraiment ouvert à tous si on s’en donnait un peu la peine. Etre référencé (manuellement !) sur Yahoo garantissait en soi une visibilité. (Il y avait aussi beaucoup moins de sites.)
Perplexe devant cette réflexion, j’ai ensuite réalisé quelque chose d’important. Cette jeune fille n’a pas l’air d’avoir plus de 30 ans, donc elle n’a pas connu l’ère d’Internet dont je parle. Pour elle, le Web c’est les réseaux, pas tant les sites, les apps à la limite. C’est les sites hyper design, hyper optimisés, faits par des agences web, qui coûtent et rapportent des millions. Mais l’ère de l’hégémonie des sites et blogs, c’est du passé, et ça n’a jamais existé pour elle. Alors, pas étonnant que cette vision des choses paraisse innovante.
Ce point pas si fondamental mis à part, je dois dire que je me réjouis qu’une nouvelle génération cherche à simplifier l’accès aux informations. Moi-même, je me désole des difficultés pour lire un simple article et trouver une simple information. Je me retrouve à demander à l’IA parce que c’est le seul espace dépouillé qui nous reste : pas de consentement aux cookies, pas d’images, une information (pour l’instant) assez neutre à défaut d’être vraiment fiable.
Il y a quelques années, j’entendais parler du web minimal lors d’une conférence sur le développement durable. Il s’agissait alors de limiter le trafic via la réduction drastique du poids des sites en retirant tout ce qui pesait le plus lourd : images et vidéos en premier, mais aussi tous les artefacts de mise en forme. Une sorte de décroissance de l’esthétique du web. Cela donnait un résultat qui, cette fois encore, m’a rappelé les premiers sites : des mots ratatinés sur la gauche en Times New Roman, avec les liens en bleu soulignés. L’Internet de base. Je me souviens m’être dit, c’est illusoire, utopique… Et finalement, on y vient. Pas pour des raisons d’écologie, toujours le parent pauvre de la tech. Mais parce que le business a tellement aliéné notre expérience des sites web qu’un redémarrage est nécessaire. La fameuse loi d’ »enshittification » : sous la pression de la monétisation, un service au départ efficace et satisfaisant pour l’utilisateur se dégrade jusqu’à destruction.
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